La société marocaine est l'objet de mutations profondes et rapides, dictées par des évolutions internes et par les changements de la scène mondiale. Cela se traduit par des bouleversements structurels dans tous les plans de la vie socio-économique et culturelle à travers les effets de la libéralisation et de la privatisation, par exemple.
Dans le secteur de la construction et de l'aménagement, cela se manifeste par un désengagement de l'Etat du domaine de la construction et par une concentration de la production immobilière entre les mains de quelques gros investisseurs.
Cette situation a pour conséquence une dégradation perceptible des paysages urbains particulièrement dans les périphéries des villes. Ce mode de production à grande échelle par le privé, particulièrement dans le secteur de l'habitat, met aussi en cause la sécurité des biens et des personnes à travers les insuffisances techniques (non respect des normes parasismiques) et à travers le déficit en équipements sociaux et en moyens de transport public.
Notre pays a réalisé des avancées notables sur le plan quantitatif; aujourd'hui le logement est devenu économiquement accessible à de larges couches de la population marocaine, ce qui représente un progrès social indéniable. Toutefois, le moment est venu de nous pencher avec volontarisme sur la question du cadre bâti des marocains.
Ce constat nous interpelle tous ; usagers, Etat, et architectes notamment:
- Les usagers, à l'instar de ceux des pays développés, doivent s'organiser en puissants mouvements de consommateurs exigeant une qualité architecturale et une sécurité accrue de leur cadre bâti, de leurs paysages urbains et de leurs espaces publics.
- L'Etat doit engager une stratégie globale visant la qualité avec le même volontarisme que celui qu il a mis dans l'accroissement de la production et de l'abaissement des coûts du logement. Cela se déclinera à travers trois axes majeurs:
- Encourager le mouvement de consommateurs et introduire l'enseignement des arts plastiques à tous les niveaux de la formation scolaire pour favoriser le développement de la sensibilité artistique chez les citoyens.
- Assortir les mesures fiscales et foncières, incitatives à l'investissement, de cahiers de charge favorisant la qualité architecturale et urbaine.
- Prendre des mesures fiscales et réglementaires pour favoriser le regroupement et la mise à niveau des cabinets d'architectes.
- Les architectes, individuellement et collectivement à travers leurs instances ordinales, s'adapteront au nouveau contexte national et mondial de l'exercice du métier :
- En orientant leurs préoccupations vers la préservation du patrimoine architecturale urbain et rural.
- En accordant un intérêt structurel à l'habitat des plus démunis, notamment à travers l'assistance architecturale aux collectivités locales.
- En développant l'action vers l'amélioration des paysages urbains et des espaces publics. o en regroupant les moyens dans des structures professionnelles fortes à même de relever le défi mondial de l'ouverture des frontières aux services.
Il va de soit que tous les acteurs du secteur de l'immobilier et de la construction doivent être étroitement associés à cette stratégie qualitative; bureaux d'étude, ingénieurs géomètres topographes, entrepreneurs, promoteurs, bureaux de contrôle, laboratoires, producteurs et distributeurs de matériaux de construction; tous doivent être mobilisés sous la bannière de la qualité.
Notre pays a le mérite d'avoir réalisé des avancées considérables dans le développement des libertés publiques et de l'ouverture économique par exemple. Nous aspirons au même progrès dans le développement des droits de l'usager à un cadre bâti et à un espace public de qualité.
L'INDH, lancé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, offre un cadre de référence idéal pour développer cette stratégie qualitative.
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